Interview d’un ancien dj résident au trésor Berlin : Mijk Van Dijk

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Interview Mijk van Dijk

L'équipe NiB a eu la chance d'interviewé un pionier de la musique électronique berlinoise et un des ancien DJ résident du Trésor à Berlin. Merci Mijk van Dijk pour sa sincérité et sa passion.

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L'interview de Mijk Van Dijk (MvD) : DJ berlinois résident au Trésor

Nous avons le plaisir de vous présenter une interview exclusive de Mijk Van Dijk, un DJ de renom qui a connu les débuts de la techno à Berlin. Il a su se livrer à travers une interview riche en connaissance et en retraçant sa propre histoire ainsi que son installation dans le monde de la techno berlinoise. Son récit est riche en expérience, et explique sa passion pour la musique électronique et son expérience dans le milieu clubbing. Nous espérons que son interview vous plaira et vous apportera des renseignements supplémentaires sur ce monde passionnant.

Nous avons envoyé les questions en anglais à Mijk et nous l'avons au final traduit en français exclusivement pour vous. Vous trouverez l'originale en bas de l'article si vous êtes à l'aise en anglais et le télécharger en format PDF protégé pour votre propre lecture.

10 questions sur la vie nocturne berlinoise et la culture techno en tant qu'artiste pour MvD

Question 1 : Comment vous est venue l’idée de devenir DJ ? Pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours ?

MvD: Dans les années 80, je jouais de la basse dans des groupes, mais j’ai toujours compris la musique dans son ensemble. Et j’ai toujours adoré faire découvrir mes nouveaux morceaux préférés à mes amis. Quand l’acid house a commencé à percer à Berlin, j’ai commencé à faire de la musique électronique avec une boîte à rythmes Roland TR-505, un ordinateur musical Yamaha CX5M, un sampler Akai X7000 et un enregistreur à cassette 4 pistes Fostex.
De 1990 à 1992, je me produisais sur scène en live, uniquement avec ma propre musique. En 1992, j’ai animé une émission de radio et j’ai aussi commencé à travailler comme DJ, afin de pouvoir jouer toute la superbe musique qui existait. Cette expérience de DJ m’a aidé à me concentrer davantage sur la piste de danse dans mes propres productions.

Question 2 : Vous êtes un DJ emblématique des années 90. Avez-vous constaté une évolution marquante de la techno ? Comment avez-vous vécu ces changements ?

MvD: Je vois que les tendances techno vont et viennent par cycles. Au début des années 90, il était facile de créer quelque chose de nouveau ; chaque morceau avec un nouveau son ou un nouveau rythme était automatiquement innovant, et seul le temps décidait s’il resterait ou non. Il n’y avait pas encore de règles ; on les créait au fur et à mesure.
Aujourd’hui, les gens ont une idée très précise de ce à quoi la techno doit ressembler. Les banques de sons, les tutoriels et les règles bien définies rendent la production très accessible. Mais du coup, il y a de moins en moins d’idées nouvelles, de surprises, et beaucoup de morceaux actuels donnent l’impression de venir tout droit de 1994, mais avec une production bien plus puissante. J’essaie toujours d’intégrer un élément de nouveauté dans mes morceaux.

Question 3 : Vous mélangez de nombreux styles dans vos morceaux et vos mixes. Comment décririez-vous votre style musical ? Quelles sont vos influences, que ce soit en termes d’artistes ou de genres ?

MvD: J’ai grandi avec la musique d’avant la techno, électronique ou « faite main ». C’est pourquoi il y a tant d’influences dans ma musique. Je trouve ennuyeux de me limiter à un seul genre, alors qu’il y a tant à créer et à découvrir.
Mon goût musical a été façonné par des artistes révolutionnaires comme Prince, David Bowie, Kraftwerk ; des producteurs comme Trevor Horn, Heaven 17, Giorgio Moroder, Jimmy Jam & Terry Lewis ; des musiciens comme Nile Rodgers et Jaco Pastorius ; et des styles comme le funk, le synth-pop et le jazz-rock. Je ne savais pas lire la musique, mais je ne voulais pas me contenter d’être bassiste dans un groupe. L’idée de pouvoir écrire, enregistrer et jouer de la musique tout seul me fascinait. Avec un Atari et du matériel d’occasion (boîtes à rythmes, synthés), c’était déjà accessible en 1990, et la house music m’a montré la voie.

Question 4 : Vous êtes DJ résident au légendaire club Tresor (que nous apprécions particulièrement). Est-ce difficile de devenir résident dans un club à Berlin ?

MvD: Il faut beaucoup de passion pour devenir DJ résident dans un club. Il faut se consacrer entièrement à la musique, car ce sont surtout les résidents qui définissent le style d’un club, bien plus que les DJs invités qui ne font que passer. Jouer des sets de toutes durées pour son public habituel permet de perfectionner son style et ses compétences. Mais cela nécessite aussi une scène club vivante. Et où en trouve-t-on encore aujourd’hui ?
Quand je suis devenu résident au premier Tresor et au mythique E-Werk, la culture club était à son apogée, les gens sortaient tous les week-ends. Heureusement, c’est encore le cas à Berlin, mais dans d’autres villes, cette culture a été décimée par le manque de lieux abordables et les prix élevés. Comme dans le rock, les gens préfèrent souvent aller à un grand festival ou au concert d’une star plutôt que de soutenir plusieurs petits concerts de groupes indépendants.
Cela signifie non seulement que l’expérience du club a disparu pour beaucoup, mais aussi que les DJs n’apprennent plus leur métier depuis la base. Beaucoup se contentent de sets d’une heure, sans âme, dans des raves ou sur Twitch, parce qu’ils n’ont jamais appris à vraiment lire une foule.

Question 5 : Pour nous, Berlin est une vraie référence en musique électronique. Vous avez aussi une connexion spéciale avec le Japon. Pensez-vous que la scène techno et la vie nocturne berlinoise ont une identité unique par rapport à d’autres pays ?

MvD: Absolument. Berlin a toujours été centrée sur la culture club et a offert un véritable foyer à la techno. Ce n’est pas pour rien que la culture techno berlinoise a été reconnue patrimoine culturel immatériel par l’UNESCO. Cela ne signifie pas que la techno a été inventée ici, pas du tout. Mais dans les années 90, Berlin a été l’endroit où cette musique a trouvé un terreau fertile, et où la vie club telle qu’on la connaît aujourd’hui a vraiment pris naissance.
Berlin, ce n’est pas des discothèques chics pour riches. La culture club ici reste brute, tournée vers l’avenir, un refuge pour les amis et les marginaux.

Question 6 : Quels sont vos projets pour l’avenir ?

MvD: Mon futur ne sera pas très différent de mon passé : produire de la nouvelle musique, faire le DJ et surtout rejouer beaucoup en live. Je viens de fonder le collectif microglobe, un groupe de DJs et d’amis avec qui je vais passer beaucoup de temps, dans et hors de la scène techno. J’adore cette vie et cette musique, et j’adore pouvoir y contribuer et en vivre.

Question 7 : Peut-on vivre uniquement de son activité de DJ ?

MvD: Oui, c’est incroyable.

Question 8 : En France, la techno et la house sont de plus en plus populaires. Connaissez-vous des DJs français dans ces genres ? Si oui, que pensez-vous d’eux ?

MvD: Peut-être que mon DJ préféré de tous les temps est Laurent Garnier. Je l’ai rencontré dès le début des années 90, j’ai joué avec lui à Berlin, Tokyo et ailleurs, et j’ai toujours adoré sa passion et son engagement envers notre musique et notre culture. C’est vraiment un « DJ des DJs ».
J’apprécie aussi les performances et productions d’autres DJs français comme Charles Siegling alias Technasia, Alex from Tokyo, David Duriez, et plus récemment Trudge.

Question 9 : Selon vous, la techno berlinoise a-t-elle un son qui lui est propre ?

MvD: Les gens de l’étranger parlent souvent du « son Berghain ». Mais la techno berlinoise a bien plus de facettes depuis 35 ans : furieuse comme aux soirées Tekknozid, rapide et entraînante comme au Tresor, euphorique comme au Planet et à l’E-Werk, minimaliste comme au Bar 25. Mais toujours brute, honnête, fidèle à ses racines. La musique prétentieuse ne sied pas à Berlin.

Question 10 : Quels clubs ou festivals vous ont laissé les souvenirs les plus marquants ?

MvD: Jouer à la Love Parade a toujours été très spécial. Je suis très heureux que la parade Rave The Planet soit aujourd’hui un digne successeur. Cette année encore, le 12 juillet 2025, j’y organiserai un char pour la troisième fois consécutive, avec Volume Berlin Records et mon collectif microglobe – j’ai hâte !
Je salue aussi WIRE Japan, Nature One et Hexenwerk Festival, où j’ai toujours vécu des moments forts.
En club, j’ai eu des expériences incroyables au WOMB Tokyo, Fabric London, ainsi qu’aujourd’hui disparus Maniac Love Tokyo et E-Werk Berlin. J’ai un lien tout particulier avec Der Weiße Hase à Berlin, car ce club et son équipe incarnent encore cet esprit de famille originel qui caractérisait les clubs berlinois.
Le plus grand public devant lequel j’ai joué était à Mexico, à la fin de la parade Tecnogeist, devant plus de 100 000 personnes au Monument à la Révolution. Toute la place était remplie, ainsi que les rues aux alentours. J’avais les mains qui tremblaient en posant le tout premier vinyle…

English version of the interview

Click on the button below to view the interview in english.

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